vendredi 24 janvier 2014

Comme un coq en pâte ...


Aujourd'hui, une recette exquise un peu particulière, en musique s'il vous plait !

Imaginez-vous, au coin du feu, votre grand-mère vous contant cette lugubre histoire ... 

Les victimes ... 
pour la farce
500 g de chair de coq
100 g de légumes - carottes, celeri, poireaux
25 cl de creme épaisse
1 gousse d'ail
fines herbes
brisures de champignons séchés (trompettes, ou truffes de bourgogne)
sel
poivre

pour la sauce
1/2 bouteille de pinot noir
250 g de beurre
3 morceaux de sucre
1 cuillère à soupe de fécule

pour la pâte brisée 
250 g de farine
150 g de beurre
50 g d'eau
1 pincée de sel

L'homicide 
Cette histoire commence et se termine sur nos terroirs de Bourgogne.


Cette histoire raconte un meurtre abject que personne ne sut prévoir ni empêcher.



Il est plus que normal d’avoir la chair de coq, à l'écoute de ces affreux et tragiques faits.


Cet automne là, un coq fut plumé, vidé et brûlé dans une grange abandonnée. Plus le moindre duvet ne recouvrait sa peau.



Les fermiers alentour entendirent des battements d'ailes apeurés puis le bruit sourd d'une lame crissant sur le billot. Nul ne put dire combien de coups furent donnés mais tous entendirent le silence qui s’ensuivit. Le coq n'était plus que chair sanguinolente et meurtrie. 



Bientôt, les voisins du bourreau virent entrer dans la grange des chiens errants affamés, appâtés par l'odeur du sang ... ils ressortirent en trombe, tenant dans leur gueule ensanglantée les plus beaux morceaux. Notre meurtrier les poursuivait armé de son couperet, mais en vain. 

Un hachis de chairs 
Il dut se contenter des restes, menus morceaux qu’il hacha, et qui devinrent le coeur de cette histoire sordide.



Les chairs visqueuses rougeoyantes furent ajoutées à un mélange effroyable, à l'odeur pestilentielle que nul ne saurait décrire. Cette bouillie infâme fut abandonnée quelques heures ce qui permit à d’avisés journalistes d’approcher le lieu du crime et de l’examiner de près ... 


Les gazettes relatèrent que quelques légumes, comme déchiquetés par des éclats d'obus, avaient été rapidement ébouillantés dans une eau douteuse et avaient rejoint l’immonde mixture. Tout ceci fut ensuite accommodé de quelques herbes suspectes du jardin. On y ajouta une pointe d'ail défigurée, explosée au pilon, quelques brisures de champignons ramassés dans des bois sombres où les cadavres de feuillus putrides gisaient recouverts de bave de limaces proliférantes. Le tout fut encrèmé et, comble de la torture, saupoudré d'un mélange noir et blanc. 



Ces actes, d'une sauvagerie répugnante et cruelle, ne laissèrent aucun cadavre ... Les seules traces de ces atrocités se matérialisaient en éclaboussures de sang dans la grange abandonnée.



Une mare de sang 

Après maintes recherches, la maréchaussée rapporta que le fermier criminel avait remplacé le vin par le sang du coq. Ce sang, il l'avait non seulement fait cuire, il l’avait flambé afin d’assouvir ses vils instincts ... Il aimait l'odeur du sang et de la chair brûlée. 

Il poursuivit ses horribles actions en ajoutant du sucre, puis en liant le fluide avec de la fécule diluée dans un fond d'eau, du beurre, et toujours ce mélange noir et blanc ! Puis, il congela ses expériences liquides sous forme de petits glaçons ronds.



Le pot aux roses


Il fut découvert, quelques années plus tard, au hasard de la revente de la ferme, une feuille jaunie, cachée derrière la vieille cuisinière à bois, qui racontait comment ce monstre, dans sa barbarie, dégustait les restes de ses victimes. 


Il préparait, de ses grandes mains puissantes d’assassin, une pâte destinée à cacher le coeur de ses préparations.
 Pour cela, il maniait avec méthode son grand couteau de boucher. Avec jubilation, il coupait en petits morceaux un beurre qu'il aimait ensuite faire lentement souffrir sur le coin de la cuisinière. Le grésillement plaintif du pauvre beurre le réjouissait. Il y ajoutait la farine, qu'il meulait lui-même, se délectant du cri du grain pressé, puis le sel. Du bout des doigts, il palpait le tout, le réduisant sauvagement en sable ... Ensuite, avec toute la patience de la préméditation, il incorporait petit à petit de l’eau. Puis, de ses mains de tueur, il pétrissait la pâte jusqu'à obtention d’une belle boule qu’il fraisait sans ménagement. 


Alors, il savourait son travail une heure durant, en imaginant le goût que pourrait avoir le fruit de son labeur ... car oui, il aimait faire durer son plaisir ... meurtrier patient, assouvissant chacun de ses fantasmes ... 


Enfin il prenait un malin plaisir à étirer la pâte en tous sens, puis il l’étalait sur de petits moules au bords tranchants. 

Il remplissait, avec délectation, chaque tartelette de son étrange bouillie et y plantait un unique glaçon sanguinolent en son centre. Il refermait ensuite hermétiquement, avec soin, presque amoureusement, chaque préparation avec un cercle de pâte. 


Il enfournait dans son vieux four chauffé à 200° tout ce petit monde, et salivait d'avance. A partir de ce moment, racontait-il sur sa feuille jaunie, il savait qu'il n'avait que 20 minutes pour orner sa table, revêtir ses plus beaux atours avant de savourer les restes de son dernier crime.

Les preuves




Le jugement
Avec cette recette très inspirée du livre Coups de coeur en Bourgogne, je participe au Défi Cuisine qui a pour thème Cadavre Exquis.

Il s'agit de proposer une recette qui évoque le meurtre tout en étant bien sûr mortellement succulente. A nous de choisir notre style, comme Agatha Christie et ses recettes empoisonnées, Dexter pour des recettes plus sanglantes, Hannibal Lecter ou notre tueur en série préféré.

Les complices 
Pour cet exercice de style façon cadavre exquis, j'ai fait appel aux spécialistes suivants : 

Mon Fab pour ses magnifiques photos,
Mon Ln pour son écriture et la mise en place du fond sonore,
Ma maman pour l'idée de la recette, et pour ses corrections,
Mon papa pour le choix de la musique,
Tata Nanou pour le prêt de vaisselle,
et Audrey, l'Atsem de l'école de Tom pour le don de plumes !